La dysgraphie

par | Oct 5, 2017 | Global | 0 commentaires

L’écriture est une activité psychomotrice. Elle fait appel au physique, au psychique, à l’intellect et à la sensibilité. Bien écrire permet de structurer sa pensée, de la fixer et de la transmettre, de libérer ses émotions mais aussi de les canaliser. Bien souvent, à travers sa difficulté à écrire, l’enfant exprime un malaise qu’il a du mal à nommer.

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On donne comme référence la définition de Julian Ajuriaguerra (1911-1993) qui précise qu’un enfant dysgraphique est « un enfant chez qui la qualité de l’écriture est déficiente alors qu’aucun déficit neurologique ou intellectuel n’explique cette déficience ».

Les causes de la dysgraphie sont diverses :

  • Apprentissage insuffisant du geste
  • Mauvaise posture et/ou tenue de l’instrument déficiente.
  • Dyspraxie
  • Problèmes de vue
  • Troubles de l’attention
  • Hauts potentiels : lorsque la tête fonctionne trop vite, la main ne peut plus suivre
  • Problèmes d’ordre psychologique (refus de toute forme de communication, changement brutal d’écriture)
  • Séquelles d’un accident ou de traumatisme
  • Pathologie (par exemple Parkinson)

Il existe plusieurs dysgraphies classées en fonction des maladresses communes. Voici les différentes dysgraphies, selon J. de Ajuriaguerra :

  • Dysgraphie impulsive : la rapidité fait perdre toute structure à l’écriture.
  • Dysgraphie lente et précise : trop de structure nuit à la souplesse et fatigue le scripteur.
  • Dysgraphie raide ou molle : trop de crispation ou de relâchement nuisent à l’aspect général de l’écriture.

Non rééduqué, un enfant dysgraphique gardera toujours une écriture déficiente, celle-ci pouvant entraîner un échec scolaire.

Audrey Bietolini

Graphothérapeute, Planète écriture

La dysgraphie peut être associée à d’autres troubles.  (50 % des enfants dyslexiques sont dysgraphiques). C’est au cours du bilan que le graphothérapeute observe l’écriture de votre enfant et précise les difficultés d’écriture. Elle peut apparaître à l’école primaire ou bien plus tard. Chez l’enfant ou l’adolescent, elle est souvent à l’origine de problèmes scolaires. Environ 6 à 10% des enfants scolarisés seraient dysgraphiques. La dysgraphie chez l’adulte peut entraîner des difficultés dans la vie professionnelle. Il est important de diagnostiquer une dysgraphie à temps afin d’y remédier.

Le graphothérapeute a appris au cours de sa formation, à utiliser l’échelle E (échelle Enfant) pour évaluer l’écriture d’un enfant entre 6 et 12 ans.

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Cette échelle a été mise au point par l’équipe d’Hélène de Gobineau et Julian Ajuriaguerra en 1964 et est encore à ce jour la référence. Cette échelle contient trente caractéristiques graphiques enfantines liées au stade de développement graphomoteur de l’enfant à un âge donné. Elle permet d’identifier la présence fréquente, occasionnelle ou l’absence de certaines caractéristiques dans l’écriture afin de mettre au point un programme de rééducation adapté. L’échelle E répertorie les défauts liés à la forme des lettres (EF) et ceux liés aux maladresses dues à une motricité déficiente (EM).

Mais voilà, depuis 1964, l’écriture des enfants a bien changé : moins conforme au modèle, moins rapide, et beaucoup plus personnelle. Cette échelle est souvent remise en question.

Elle peut paraître ancienne mais les items les plus pénalisants restent les mêmes de nos jours et elle reste la référence pour déceler un éventuel retard graphomoteur car l’étalonnage par âge et par classe permet de savoir à quel âge graphomoteur correspond l’écriture évaluée. Le rapport EF/EM doit être plus ou moins égal à 1. S’il est inférieur à 0.75, il y a suspicion de dysgraphie.

Afin d’affiner ce diagnostic, le graphothérapeute applique l’échelle D, c’est l’échelle de dysgraphie.

Cette échelle D est utile également pour évaluer les écritures des patients âgés de plus de 12 ans. Elle analyse des items qui n’ont rien à voir avec l’âge ou le développement graphomoteur.

En 2013, un groupe de recherche sous la direction d’Adeline Gavazzi-Eloy a mis au point une nouvelle échelle actualisée et adaptée pour analyser l’écriture des enfants et des adolescents. Il s’agit de l’échelle ADE (Approche Dynamique de l’Ecriture).

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Cette nouvelle échelle reprend les items déjà existants et propose une analyse dynamique de l’enfant et de son écriture. Ce n’est plus seulement son écriture qui est analysée. Elle met en évidence, par un système de cotation très simple (présence ou non) les caractéristiques qui altèrent la phase de stabilisation identitaire de l’écriture et qui nuisent à la lisibilité, la rapidité, et l’efficacité de l’écriture ; 3 critères fondamentaux.

Les items sont regroupés selon les 4 facteurs constitutifs de l’écriture : le trait, la forme, l’espace et le mouvement. Il appartient donc au graphothérapeute d’établir la carte d’identité de l’écriture du scripteur selon ces critères et d’établir ensuite un programme de rééducation en fonction des caractéristiques présentes en masse qui laissent apparaître « des corrélations ». Le calcul de la dysgraphie permet de mettre en évidence différents « syndromes » : syndrome d’instabilité graphique, de discontinuité, d’imprécision et de savoir si précisément il y a dysgraphie (Au-delà de 26 : suspicion de dysgraphie, au-delà de 35 : dysgraphie).

Il existe une autre échelle qui permet de dépister les écritures dysgraphiques des jeunes scripteurs. Le BHK (Brave Handwriting Kinder) a été proposé par Hamstra-Bletz et Al (1987) et adaptée en français par Charles, Soppelsa et Albaret en 2004. Ce test s’adresse aux spécialistes de l’écriture et propose le repérage des difficultés selon leur degré de sévérité afin d’établir un diagnostic prenant en considération toute la complexité de l’acte d’écrire. Il est très utilisé par les ergothérapeutes et psychomotriciens. Et c’est la référence exigée par l’Education Nationale lors de l’élaboration des dossiers auprès de la MDPH. C’est une échelle d’évaluation rapide. La passation de l’épreuve dure 5 minutes. Elle s’intéresse à la qualité de l’écriture et à la vitesse d’écriture. L’étalonnage a été réalisé du CP au CM2, à partir de 13 items.

Le BHK Ado est l’échelle adaptée aux adolescents (les critères de cotation sont différents).

Audrey Bietolini

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