Le découpage

par | Jan 24, 2018 | Global | 0 commentaires

Le découpage peut sembler une activité secondaire mais elle cache bien des vertus….

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Activité bi-manuelle asymétrique synchronisée, c’est complexe !!!! Elle est souvent source de difficultés ou même de désintérêt.
A l’école primaire, les activités de découpage sont diverses et variées selon l’âge de l’enfant. Et au collège ou au lycée, plus besoin de découper me direz-vous !
Eh bien, au cabinet, je teste la faculté à découper même avec les lycéens !
En effet, lors du bilan, je propose toujours un test de découpage afin de voir si le patient découpe dans le sens logique dans un premier temps (les droitiers devraient procéder dans le sens anti-horaire et les gauchers, dans le sens horaire, ce qui permet de bien voir la forme que l’on découpe). Mais cela me donne aussi un tas d’autres informations.

En quoi le test de découpage peut aider au bilan de graphothérapie ?

– Vérifier la latéralité. Découpe-t-il avec sa main dominante ? Il arrive régulièrement que les gauchers découpent de la main droite par exemple, est-ce parce qu’ils y ont été contraints ou par simple imitation ; sont-ils réellement gauchers ?
– Tester les capacités de coordination œil/main ainsi que la coordination bilatérale.
– Tester le contrôle postural.
– Constater une impulsivité ou une lenteur.
– Remarquer un sens exacerbé du détail et de la perfection. Cela concerne les enfants exigeant avec eux-mêmes et souvent en souffrance car ils manquent de confiance en eux.
– Noter les stratégies adoptées lors du découpage d’une forme complexe
– Souvent, si le découpage n’est pas simple, cela indique que la motricité fine est à travailler. Des enfants trop crispés ou au contraire hypotoniques ont du mal à faire ce qu’ils veulent des ciseaux !

Pour de nombreux enfants, découper n’est pas si simple. En séance de graphothérapie, j’aide l’enfant à être plus à l’aise dans cette activité.

Audrey Bietolini

Graphothérapeute

Tout d’abord, comme avec le stylo, il existe une tenue fonctionnelle à adopter. Et elle s’apprend !
Souvent en maternelle, on raconte l’histoire de Monsieur Pouce, en collant une gommette sur l’ongle du pouce pour maintenir la position verticale de la main, en rappelant à l’enfant que son pouce doit toujours regarder vers le ciel.
Histoire de Monsieur Pouce
Monsieur Pouce travaille souvent et il est très occupé : il console les petits enfants tristes qui sucent leur pouce, il aide ceux qui ont du mal à s’endormir … Quand les enfants grandissent, ils ne sucent plus leur pouce alors Monsieur Pouce n’a plus de travail et s’ennuie. Il n’a plus rien à faire jusqu’au jour où les enfants apprennent à couper avec des ciseaux. Pour couper, les enfants ont besoin de lui et aussi de ses frères Monsieur le Majeur et Monsieur l’Index
Monsieur Pouce s’installe au milieu d’un anneau de même que Messieurs Index et Majeur au milieu de l’autre. Monsieur Pouce est content car il peut travailler en regardant le ciel et se balancer aux sons des ciseaux.

Tenue fonctionnelle des ciseaux :
Leblanc et Daigneault (2002), ergothérapeutes canadiens, définissent deux prises possibles :
-Le pouce est dans l’anneau du haut, l’index et le majeur sont dans l’anneau du bas.
-Le pouce est dans l’anneau du haut, le majeur est dans l’anneau du bas et l’index stabilise le dessous des ciseaux.

Pour bien découper, il faut également être vigilant sur la posture générale. Les coudes doivent être bien en appui sur la table ou en appui contre le tronc pour assurer une parfaite stabilité et une meilleure précision.
L’autre main doit tenir la feuille à découper et c’est cette main qui fera bouger la feuille au fur et à mesure. Ce ne sont pas les ciseaux qui se tordent dans tous les sens, et encore moins le poignet !

Quand puis-je apprendre à mon enfant à utiliser des ciseaux ?

Sandrine

maman de Lise, 25 mois

L’apprentissage peut démarrer dès lors que l’enfant montre de l’intérêt pour cet objet et surtout dès qu’un adulte est prêt à lui enseigner et à l’accompagner dans cette découverte.
Petit rappel des étapes de développement de l’enfant :
À 2 ans, les enfants découvrent la paire de ciseaux. L’enfant ouvre et ferme les ciseaux à deux mains.
À 3 ans, l’enfant contrôle mieux l’ouverture et la fermeture à une main.
À 4 ans, il est capable de tenir les ciseaux dans une main (tous les doigts sont impliqués) et la feuille dans l’autre et de coordonner ses mouvements pour déplacer le papier.
À 5 ans, il place le pouce dans l’anneau supérieur et l’index et le majeur dans l’anneau inférieur. Il recroqueville ses autres doigts dans la paume de la main pour plus de stabilité.
À 6 ans, il acquiert une prise mature où le pouce est moteur et où l’index guide le mouvement (comme sur le crayon !).

Dès 2 ans, vous pouvez utiliser des ciseaux avec des lames en plastique qui ne couperont pas le papier et cela évitera les accidents. Privilégiez les ciseaux ambidextres (utilisable de la main gauche comme de la main droite) car les tout-petits n’ont pas forcément encore de main dominante.
La première activité que je proposerais serait de découper des colombins de pâte à modeler pour apprendre à ouvrir et fermer les ciseaux en ajustant le geste.
Lorsque l’enfant parvient à tenir en main sa paire de ciseaux, et de l’autre une petite bande de papier, lui proposer de découper ces bandes. Privilégiez des toutes petites bandes qui se découpent en un seul coup de ciseaux. Pensez à utiliser du papier Canson, plus facile à découper que du papier fin. Pour corser un peu les choses, dessiner des petits motifs et demandez à votre enfant de ne pas toucher ces dessins et de découper entre les motifs. Vous pouvez également tracer des traits plus ou moins épais à découper.

Vidéo de Josiane Caron, ergothérapeute pour la pratique du découpage

Ensuite, il est temps de lui apprendre à découper sur des bandes plus longues afin de lui enseigner l’avancée des ciseaux. Il est primordial de comprendre ce mouvement et de ne pas risquer de déchirer le papier par exemple ou de faire des hachures en refermant complètement la paire de ciseaux à chaque avancée.

Lui expliquer qu’il faut découper avec la quasi-totalité des lames. L’utilisation de ciseaux cranteurs lui fera prendre conscience que le motif ne sera pas correct si on n’utilise que le bout des lames.

Pour les changements de direction, L’ergothérapeute Josiane Caron a de très bonnes astuces encore :

Vidéo de Josiane Caron, ergothérapeute pour apprendre à tourner le papier quand on découpe

Il est intéressant d’observer chez le jeune enfant une « gêne posturale » occasionnée lors de l’apprentissage du découpage. Placez-vous derrière lui en soutenant son bras non dominant afin de l’aider à ajuster sa posture et l’aider à déplacer la feuille.

Une fois que vous aurez expérimenté les lignes droites, proposez-lui des lignes ondulées et en zigzag. Puis les formes circulaires.

Lorsqu’il sera champion de découpage, vous pourrez lui enseigner les différentes stratégies à adopter lors de découpages plus complexes : étapes de découpe, changement d’angle d’attaque, enlever le contour superflu pour découper les détails.

Si vous sentez que votre enfant a du mal à contrôler l’ouverture et la fermeture des ciseaux, proposez-lui des activités de motricité fine qui vont augmenter la force de la main, comme l’utilisation de la pâte à modeler, de trombones, de pinces à linge, de pipettes, de petits vaporisateurs…

La stabilité posturale doit être intégrée et contrôlée. La stabilité posturale se réfère aux muscles de l’épaule et du tronc qui stabilisent les bras pour que nos doigts puissent bouger librement. Donc pour découper, il s’agit de s’assurer que les muscles du tronc et des épaules jouent bien leur rôle. Si votre enfant est épuisé ou que le découpage lui demande trop de concentration, c’est peut-être que les pré-requis ne sont pas stables.

Le découpage comme activité de détente !

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En tant que professeurs des écoles, j’aimais proposer cette activité comme moyen de détente et de créativité. Un peu comme le coloriage, le découpage est une activité oubliée ! Et pourtant…Le découpage favorise la concentration. Je proposais aux élèves quelques minutes de découpage pour installer une certaine sérénité avant une activité plus complexe. Il m’arrivait parfois de leur offrir ce petit temps comme un cadeau pour leur écoute après un activité fatigante et riche en apprentissage. Le découpage apporte un réel moment de « retour sur soi ». Ce peut être très relaxant. Cet effet est procuré par une certaine répétition du geste.

Pour les élèves de cycle 2 et 3, voici une idée riche et sympathique dont je ne me lasse pas : Le notan japonais. Il s’agit d’une forme d’art japonaise. Pour les plus petits, vous pouvez imprimer des notans à découper.

Visitez le blog de Loustics PE

Pour les plus débrouillards, vous pouvez vous lancer dans une création unique ! Leur demander de dessiner différents éléments sur les bords de la feuille puis de les découper et les coller. Le résultat est souvent surprenant et tellement beau !

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